Mère

Ma mère est pour moi une sorte de modèle, d’héroïne. Toute petite, je me disais que j’allais devenir quelqu’un comme maman. Elle était jolie, gentille et forte.

 

Lorsqu’on parle de ma mère, la première chose qui me vient à l’esprit est la fierté. Je suis fière de ce qu’elle faisait, et je suis fière d’être sa fille. Sa douceur me rendait heureuse. Mais depuis sa mort, j’ai été hantée par d’innombrables questions. Si c’était Dieu qui décidait de la vie des gens sur terre, pourquoi aurait-elle alors quand même fait tant d’efforts pour ses patients ? Si elle était vraiment aussi compétente qu’on me le disait, comment est-il possible que ses patientes soient toujours en vie et heureuses aujourd’hui, alors que maman n’a pas pu protéger sa propre vie 

 

Ma mère était gynécologue et obstétricienne. Elle travaillait dans l’hôpital le plus connu de Harbin (la capitale de la province de Heilongjiang), l’hôpital 242. Depuis mon entrée au primaire, lors de la pause de midi et à la fin de journée d’école, j’allais toujours la rejoindre à l’hôpital. J’adorais la suivre partout, la regarder dans sa tenue de médecin, tout en blanc. J’avais une sensation de fierté et de sécurité auprès d’elle. Les amis de ma mère étaient des médecins ou des patients ; j’avais l’impression qu’elle était aimée de tous, car lorsque j’étais à ses côtés j’étais très gâtée par tout le monde. Je pensais que tout cela était dû au métier de ma mère.

 

A l’époque, par rapport à la plupart des familles, j’avais une famille plutôt heureuse. Bien que ma famille n’ait pas eu de soucis d’argent, nous ne mangions pas tous les jours du poisson ou du poulet, car c’était quand là même une consommation de « luxe ». Je me souviens que, certains jours, après son travail, ma mère cuisinait du poisson ou du poulet avant de repartir avec à l’hôpital. Je demandais à mon père où elle allait, et mon père me répondait : « elle emmène un repas à une patiente qui vient de la campagne. » J’ouvrais des grands yeux et demandais : «  Pourquoi ? » Mon père répondait : « parce que la patiente n’a pas d’argent pour bien manger pendant le traitement de sa maladie.» Ce fut la première fois que je prenais conscience du fait que bien manger était important pour la santé, et que ma mère était vraiment une personne généreuse et gentille avec tout le monde. Par la suite, j’acceptai toujours avec joie ce qu’elle me demandait de manger.

 

Dans ma petite tête, ma mère était un ange vêtu de blanc qui sauvait la vie des femmes. Et je croyais que la mort due à la maladie était un événement qu’elle ne connaitrait jamais.

 

En 1987,  j’avais 9 ans et ma grande sœur 13 ans. Mon père m’annonça que ma mère avait un cancer du sein. Je ne comprenais pas ce que cela signifiait, le cancer ; j’avais seulement le sentiment que c’était plus grave qu’une maladie habituelle, car je voyais le visage de mon père et de ma grande sœur qui pleurait. Ensuite, mon père me demanda : « soit gentille avec maman et concentre toi sur tes études, cela lui fera plaisir. Maman va subir une opération chirurgicale bientôt. » Lorsque j’entendis les mots « opération chirurgicale », je me mis à pleurer. J’imaginais un couteau ouvrant le corps de ma mère, le sang, et la douleur. Pour la première fois de ma vie, je ressentis une douleur différente de la douleur physique. Mon père disait à ma sœur : « prends soin de ta petite sœur, soyez sage toutes les deux, car je vais avoir moins de temps pour m’occuper de vous. Votre maman a besoin de moi à l’hôpital. Nous devons aussi faire des économies pour la soigner (à l’époque, lorsqu’une personne était en congé maladie, elle n’avait plus de revenus. De plus, comme il n’existait pas d’assurance maladie, le remboursement par l’Etat était très faible, notamment pour des traitements de maladies telles que le cancer, les meilleurs médicaments venant des États-Unis n’étant pas remboursable par l’Etat. Pour vous donner une idée, un traitement d’une semaine coûtait 10 mois de salaire à mon père, qui était cadre supérieure). Mon père ajouta : « Je vous emmènerai la voir après son opération». Depuis cette mauvaise nouvelle, j’avais toujours un sombre nuage dans la tête : pourquoi et comment maman pouvait-elle être malade ? Car on me disait toujours qu’une personne gentille et de bon cœur serait récompensée, et qu’une personne méchante serait punie par Dieu. Mais tout le monde aimait ma mère, tout le monde me disait que ma mère était un bon médecin, une femme très gentille, et qu’on n’en trouvait pas d’autre comme elle dans l’hôpital où elle travaillait. Alors pourquoi avait-elle cette maladie ?

 

Après son opération, on lui avait enlevé le sein droit, mais elle était toujours souriante. A sa sortie de l’hôpital, elle travailla comme avant et sa vie fut toujours bien remplie par ses patientes et ses deux petites filles. Mon père lui faisait souvent remarquer qu’il fallait qu’elle se repose.

 

Environ un an et demi après sa première opération, ma mère fut hospitalisée une deuxième fois, son cancer se généralisait. J’allais à l’hôpital dès que je le pouvais, même s’il fallait pour cela marcher 45 minutes à pieds (je ne prenais pas le bus car je voulais économiser chaque centime pour maman). Elle avait une mine de plus en plus pâle, mais elle était toujours souriante quand elle me regardait. Elle me disait toujours qu’elle allait bien. Je ne me rendais pas compte à quel point elle souffrait. En voyant son sourire, je croyais qu’elle allait pouvoir s’en sortir. Quelque mois plus tard, mon père ne voulut plus que j’aille déranger ma mère. Plus tard, je compris qu’elle souffrait tellement qu’elle n’arrivait plus à faire semblant de sourire et qu’elle ne voulait pas que sa petite fille vît sa souffrance.

 

La deuxième hospitalisation de ma mère ne dura que quelques mois. Puis elle me quitta pour toujours, en me laissant emplie de questions et de haine. Une des meilleures amies de maman, médecin elle aussi, me disait que si ma mère avait été l’un des rares bons médecins qui avaient de l’empathie envers leurs patients, c’était aussi à cause de cette qualité qu’elle était décédée de ce cancer. Maman était stressée par son travail, parce qu’elle était la meilleure de son équipe et que beaucoup de patientes préféraient attendre une demi-journée pour la voir plutôt que de voir un autre médecin de la même équipe qui les recevrait plus rapidement. Il faut savoir que les médecins chinois subissent beaucoup plus de pression qu’en France.        

 

 

Comparaison du nombre de médecins en Chine et en France :

Pays

Année

Nombre de médecins/1000 habitants

Chine

1949

0.074

Chine

2005

1.51

France

1987

2.52

         
         

 

La rapidité, la patience et l’efficacité sont les premières qualités requises chez les médecins chinois. De plus, ils n’ont pas le droit à l’erreur (la conséquence d’une erreur d’un médecin pourrait être grave chez un patient)  et un jour sur deux maman devait travailler également la nuit à l’hôpital. Lorsqu’elle eut sa première douleur au-dessous du bras droit, elle en parla avec sa meilleure amie, qui était radiologue et qui lui conseilla de venir à son bureau pour qu’elle lui fasse passer une radio. Mais ma mère répondit qu’elle n’en avait pas le temps et que ses patientes l’attendaient. Jour après jour, elle finissait toujours sa journée écrasée par la fatigue et dans le plus grand état de stress. La douleur se fit de plus en plus forte, jusqu’au jour où, ne la supportant plus, elle décida d’aller faire une radio. Elle découvrit qu’elle avait un cancer du sein avancé. Je haïssais Dieu pour avoir été injuste avec maman. Avec l’âge, je me rends compte que cela n’avait  rien à voir avec Dieu.

 

En chinois, le traitement d’une maladie s’exprime par deux caractères chinois, Zhi Liao(治疗). Ma mère avait compris le sens des deux caractères dans la pratique clinique, et c’est la raison pour laquelle elle emmenait des nourritures adaptées pour les patientes qui n’avaient pas les moyens de soigner leur maladie. Le mot Français le plus proche de Zhi () est « traiter », c'est-à-dire soigner par une médication appropriée ; je ne trouve pas de mot en Français qui puisse traduire Liao(). En chinois, Liao devrait commencer en même temps que Zhi, et la durée du traitementest beaucoup plus longue. Il s’agit d’équilibrer l’esprit, l’environnement et la nourriture. Souvent, les gens sont à la recherche d’un médicament ou d’un technique pour traiter une maladie, mais ils oublient l’importance de Liao. Pourtant, Liao est parfois plus important que Zhi, notamment dans la prévention de bien-être. Finalement, être en bonne santé n’est pas si difficile. Il faut avoir un esprit équilibré dans un environnement familial, social et géographique agréable, et prendre des aliments qui permettent d’équilibrer le Yin et le Yang du corps.

Si Ma mère a eu un cancer, ce n’est pas à cause du Dieu, c’est à cause d’elle-même. Elle avait tout à fait le choix de laisser ses patientes attendre, mais elle préférait porter tout ce stress sur ses épaules plutôt que de voir ses patientes souffrir un peu plus longtemps.  Elle était stressée en permanence, et même après sa première opération, elle n’a jamais voulu se défaire de ce stress et de cette pression au travail à cause de sa surcharge de travail.

 

Nous voulons tous une bonne santé et nous éloigner des maladies. La décision nous en revient, mais il faut trouver un bon point de départ pour entretenir sa santé ou pour Zhi Liao ses maladies. Aujourd’hui, je comprends que maman m’a donné une leçon qui lui a coûté la vie. Je souhaite partager cette leçon avec toutes les personnes qui ne savent pas comment s’y prendre devant la maladie ou comment entretenir leur santé.

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